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Cette crise sanitaire que nous traversons tous bouleverse la préparation des prochaines échéances pour les joueuses de France 7. Celles-ci gardent toujours en ligne de mire la qualification et les Jeux Olympiques de Tokyo, reportés à 2021.

La période de confinement a amené le staff de l’équipe à construire un véritable plan de reconditionnement physique pour la reprise. Jamais les athlètes n’ont connu une telle situation, sans contacts, ni travail de groupe possible.

A ce sujet, nous avons échangé avec Anthony Couderc, préparateur physique de l’équipe de France de rugby à 7 féminine et chef de projet de la filière féminine de la FFR.

Une reprise pensée par étapes, tout en progressivité

Partie médicale

La première étape a débuté avec une série d’examens médicaux. Les joueuses ont répondu à différents questionnaires d’évaluation médicale et psychologique. Elles ont également effectué un ECG (Électrocardiogramme), des tests sérologiques, et des épreuves d’effort. Le but étant d’écarter tous risques cardiaques et autres, liés au COVID­19.

Crédit photo : Vincent Inigo

Évaluation physique

La seconde étape avait pour but d’évaluer sur le plan physique, l’état de forme des joueuses. Une évaluation basée sur la charge de travail qu’elles ont pu réaliser individuellement tout au long du confinement. En effet, les joueuses et les staffs étaient au chômage pendant cette période. Ils n’avaient donc pas la possibilité ni le droit, d’échanger et de travailler ensemble.

Ces différentes étapes sont indispensables dans ce contexte totalement inconnu. C’est le service médicale de la FFR et la cellule Accompagnement à la Performance qui sont à l’origine de cette première partie de reprise.

Conception du plan de reconditionnement

Le département préparation physique de la FFR, a pris le relais ensuite pour concevoir le plan de reconditionnement. Pour la conception de celui-ci, le département s’est inspiré de différentes choses comme :

  • Une situation similaire en NFL (Ligue nationale de Football Américain). Après une longue période d’arrêt, la ligue a constaté une augmentation du nombre de blessures au tendon d’Achille
  • La reprise de la Bundesliga (Ligue allemande de football) en mai 2020. On comptabilise 6 blessures musculaires sur les 8 premiers matchs de championnat.
  • Les bons conseils de Jean Benoit Morin, concernant la nécessité de préparer les athlètes sur le plan neuromusculaire et tendineux, avant une reprise totale.

Le département préparation physique a donc souhaité tendre vers une reprise optimale, en éloignant au maximum le risque potentiel de blessure

“Il fallait qu’on pense une reprise progressive sur toutes les composantes, à la fois musculaire, cardiovasculaire et neuromusculaire et que cette progressivité puisse s’étaler sur 6 à 8 semaines en fonction des différents profils de nos joueuses”

Plan de reconditionnement partagé avec d’autres athlètes

Les collectifs France

Ce programme de reconditionnement a été pensé par le département Préparation Physique pour différents collectifs France:

  • Les équipes de France à 7 féminine et masculine
  • L’équipe de France féminine à 15
  • Les jeunes de la filière, à savoir : les Académies (filles et garçons) et les joueuses du Pôle France Féminin.
Fanny Horta et Jean Pascal Barraque
Crédit photo : France Rugby

L’Elite 1 féminine

Par la suite, la fédération a décidé de décliner ce plan de reconditionnement à l’Élite 1 féminine : « S’assurer d’accompagner les clubs féminins autant que possible nous paraît être une des missions fondamentales de la fédération » ; pour cela, une réunion entre la FFR et l’ensemble des clubs de l’Élite 1 a eu lieu au début du mois de juin. Cela va permettre de guider les clubs d’Élite 1 pour préparer leur saison qui arrive : « Les documents ont été transmis aux clubs de façon à accompagner les joueuses de la même façon qu’on le fait pour nos athlètes des équipes de France ».

Un programme articulé autour de 3 thèmes

Trois thèmes dominent dans ce plan de reconditionnement, qui, comme insiste Anthony Couderc, s’applique de façon progressive.

Prévenir les blessures

Dans un premier temps, le programme est construit dans un soucis de « prévention des blessures » avec comme base du travail fonctionnel sous forme d’échauffement, d’activation et de travail spécifique individuel. L’objectif est de limiter le nombre de blessures potentielles qui pourraient subvenir lors de la reprise d’activité.

La musculation

Le second thème va s’axer sur la partie musculation, directement en lien avec la prévention de blessures lui aussi. Un premier programme concerne les joueuses et joueurs qui ont accès aux salles de musculation et un second, basé sur des exercices à poids de corps qui ne nécessitent pas, ou très peu de matériel. Ainsi, tous peuvent réaliser ce travail musculaire incontournable.

La course

Une troisième partie axée sur la course, avec des séances de type aérobie, puissance aérobie incluant des changements de direction et des passages au sol pour se rapprocher au mieux du modèle de l’activité rugby. Enfin, du travail d’agilité et de vitesse est préconisé, afin de solliciter aussi, toute la famille des exercices à haute intensité.

Crédit photo : World rugby

« Ce qu’on a voulu dans ces trois parties, c’est que tous ces contenus soient adaptables, on reste en contact avec nos athlètes de façon à réajuster les contenus à la hausse ou à la baisse en fonction de leurs retours, leurs sensations et encore une fois pour essayer de prévenir au maximum la survenue potentielle de blessures »

Se projeter et préparer la suite dans l’incertitude

Reprise collective

Une fois ce programme terminé, il sera temps d’aborder la reprise collective, de pré­ saison où les joueuses vont enfin se retrouver autour du ballon pour jouer au rugby, ce qui n’aura pas été le cas pendant une grande partie de la phase de reconditionnement. Bien entendu, le travail énergétique et la musculation seront toujours planifiés en parallèle (voir intégré).

Rencontres internationales amicales

Après cette phase de reprise concrète du jeu qui va durer entre 4 et 6 semaines, de façon à retrouver les repères et l’intensité de match, l’idée sera de pouvoir rapidement organiser des rencontres internationales amicales avec des nations géographiquement proches qui voudraient s’opposer à l’équipe de France.

Reprise du World Series

Ceci permettrait d’envisager la dernière partie de la préparation, avant la reprise du World Series. A ce jour, les informations sont vagues quant au report ou à l’annulation de certaines étapes du World Series; Anthony Couderc, qui se projette vers la suite, dit toujours avoir un petit espoir de reprendre le circuit mondial à Hong­Kong en octobre 2020 ; sinon, il faudra peut­ être attendre novembre pour la tournée de Dubaï­ / CapeTown.

Crédit photo : France rugby

Il est important de souligner que ces informations, dans un contexte très particulier, restent incertaines et vont dépendre des décisions gouvernementales et de celles de World Rugby, face à la gestion du COVID­19.

Report des Jeux Olympiques en 2021

Un premier sentiment de déception

Ce report des Jeux Olympiques de Tokyo est vécu par Anthony Couderc comme une grosse déception, « même si nous ne sommes pas athlètes, nous, en tant que staff on partage le projet à 100 % avec les joueuses, c’est quelque chose qu’on prépare depuis quatre ans, qui nous anime au quotidien donc on ressent de la frustration, et forcément de la déception ».

Pour ensuite mieux rebondir

Il va donc falloir utiliser cette frustration pour mieux rebondir, comme le précise le préparateur physique ; remobiliser vite les joueuses, se donner ensemble de nouveaux objectifs et leur donner les moyens d’avancer vers ces nouveaux objectifs pour plus de performance.

« Frustration digérée, finalement, on se doit de voir ce report comme une opportunité d’avoir une année de plus pour se préparer », l’équipe de France étant toujours dans la course à la qualification pour les Jeux Olympique de Tokyo en 2021.

C’est aussi l’occasion pour certaines joueuses d’augmenter leurs performances et travailler d’avantage pour avoir la chance de faire partie des 12 filles qui iront chercher une qualification et potentiellement, une médaille aux J.O. 2021.

Le processus est enclenché dés cette semaine avec un stage à Bugeat où les joueuses et le staff se sont retrouvés pour se remettre au travail. Nous avons hâte de les voir à nouveau à l’œuvre sur le terrain, en grande forme.

Crédit photo : France rugby