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Lenaïg Corson, une athlète éco-responsable

Temps de lecture : 12 min

Lenaïg Corson est une figure importante du rugby. C’est aussi une athlète et une femme engagée qui porte des idées et espère faire évoluer les consciences.

Dans un précédent article, Lenaïg nous a parlé de son combat pour le rugby féminin. Ce deuxième chapitre aborde l’éco-responsabilité de Lenaïg Corson. L’internationale, très sensibilisée à la dégradation de l’environnement depuis son enfance, donne de son temps et utilise sa notoriété pour éveiller les consciences. Après sa carrière de rugby, elle souhaite s’investir davantage dans ce combat.

Lire aussi : Lenaïg Corson, son combat pour le rugby au féminin

Depuis un an, tu communiques régulièrement sur l’écologie. Quand as-tu commencé à t’y intéresser ?

Pour moi, l’écologie a toujours été un sujet important dans mon éducation. La Bretagne est un territoire très impacté par la dégradation de l’environnement. Je pense, par exemple, à la pollution liées aux pesticides parce qu’on est une grosse région agricole. Je pense aussi aux plages les plus proches de chez moi qui sont marquées par le phénomène des algues vertes. Ou encore à l’Erika, avec cette boue noire venue s’étaler sur nos plages, et aux animaux en train de mourir dans l’eau. Comme j’ai un lien assez puissant avec la mer, de la voir polluée, de voir tout son écosystème subir des dommages, forcément ça interpelle beaucoup”.

Tu as été marquée par la pollution, par la dégradation de l’environnement. Est-ce que c’est cela qui t’a donné envie de t’engager sur ces sujets ?

“A 20 ans, quand je suis arrivée à Rennes pour mes études, j’avais envie de m’engager dans des associations environnementales. Je me suis rapprochée de deux associations, Green Peace et Eaux et rivières de Bretagne.

Green Peace est connu pour être très actif sur le sujet de l’environnement. J’avais envie de m’ouvrir aux combats qu’ils menaient et de comprendre les problématiques qu’ils avaient. Parce que finalement, il y a 10 ans, on n’était pas tant sensibilisé que ça sur ces sujets-là. On avait tous vu des vidéos de déforestations, de marées noires. Mais de pouvoir prendre part à des conférences, à des groupes de travail, ça m’a vraiment ouvert les yeux sur des problèmes existants“.

On voit bien que tu es très sensible à l’écologie depuis ton enfance. Pourquoi as-tu décidé d’en parler sur tes réseaux sociaux l’année dernière ?

“Mes parents vivent à la campagne. Ils sont très respectueux de l’environnement. Mon père a toujours eu des ruches. Par le passé, ça a déjà été compliqué, mais cette année c’est pire. Il avait 5 ruches et depuis octobre, ils les a toutes perdues. La pollution, c’est donc quelque chose qui nous impacte directement parce qu’on récupérait le miel de nos abeilles et aujourd’hui, il n’y en a plus aucune. Alors forcément, on se pose des questions”.

Pourquoi n’y-a-t’il plus d’abeilles ?

“Déjà, il y a des frelons asiatiques qui ne devraient pas être sur notre territoire et qui bouffent nos abeilles. On les a vus à l’action et c’est terrible de voir nos abeilles se faire dévorer par ces frelons et de ne quasiment rien pouvoir faire.

Ensuite, on habite en pleine campagne et autour de nous, il y a peut-être des pesticides répandus sur les terres. Les abeilles sont désorientées et n’arrivent pas à retrouver la ruche et voilà comment on en arrive à ne plus avoir d’abeilles.

Et aujourd’hui, les abeilles c’est la vie parce que sans elles, on n’a plus la pollinisation, ce qui veut dire qu’on n’a plus de fruits ou de légumes. Elles ont un rôle tellement précieux dans notre écosystème que ça fait peur d’assister à l’extinction de cette espèce“.

Lors du premier confinement, tu as posté des choses sur les abeilles justement.

“Mon père a perdu deux de ses cinq ruches pendant le premier confinement. Ca a été un réveil pour moi. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à faire une première vidéo pour sensibiliser les gens et leur montrer comment protéger les ruches à proximité de chez eux en fabricant des pièges à frelons.

Il faut vraiment éveiller les consciences parce que les abeilles sont en train de mourir. Les abeilles ce n’est pas que du miel – et dieu c’est que c’est bon! – mais ce n’est pas que ça”.

Il y a ton combat pour la sauvegarde des abeilles mais tu as également communiqué sur les déchets trouvés sur le chemin d’une randonnée.

“Après ma communication auprès des abeilles qui disparaissent, je suis partie randonner avec ma maman pendant 12 jours, début juin, le long du GR34 sur la portion du Finistère Nord. C’était un trek itinérant, avec nos sacs à dos sur le dos. Ca a été un super trip avec ma mère. Clairement, on s’était peut-être un peu éloignées avec le temps. Quand on vole de ses propres ailes, qu’on vit à distance, on n’est plus aussi proche de nos parents. Alors de se retrouver avec elle pendant ces 12 jours, ça nous a permis de nous redécouvrir, de partager des moments uniques, de nous livrer, de profiter des paysages et de la mer le long du littoral breton.

Parfois, c’était pas facile, bien sûr, ma maman a 63 ans donc il y avait le risque qu’elle ne puisse pas aller au bout de la randonnée. Mais finalement elle a réussi à le faire et elle était très fière d’elle. C’était une belle aventure. D’ailleurs, j’encourage toutes les femmes autour de moi à vivre cette expérience avec leur maman parce que la vie n’est pas éternelle, le temps passe vite et que des moments comme ça sont précieux”.

Est-ce que tu peux nous raconter ce que vous avez croisé tout au long de votre parcours ?

“Pendant cette aventure mère-fille, on a récupéré beaucoup de déchets sur notre chemin. On est toutes les deux sensibilisées à l’écologie et l’environnement. Alors lorsqu’on tombait sur des déchets, on ne pouvait pas faire semblant de ne pas les voir. On n’y arrivait pas. Donc on les prenait avec nous et on les mettait dans un sac. Parfois, pendant 3 ou 4h, je portais tous les déchets avant de pouvoir trouver une poubelle sur le chemin. C’était un peu long, et parfois un peu lourd aussi. Mais c’était ma bonne action de la journée !”

As-tu eu tout de suite eu envie de communiquer sur la pollution du littoral ?

“Pendant le trek, on vivait vraiment l’expérience à deux, alors j’étais coupée des réseaux. Mais je prenais des photos et des vidéos parce que je me disais que le jour où j’allais revenir à la maison, je passerai un message sur les déchets.

Aujourd’hui, s’il y a des déchets dans la nature c’est qu’il y a encore des gens qui les jettent. Quand on a vu aussi le nombre de masques qu’il y avait partout, on s’est rendues compte que c’était une pollution récente. Les gens n’en ont vraiment rien à faire de jeter un masque par la fenêtre de leur voiture.

Il y a aussi le fait qu’il n’y avait pas tant de poubelles que ça sur notre sentier”.

Justement, à ce propos, tu as une anecdote avec une restauratrice qui ne voulait pas récupérer une bouteille en plastique dans sa poubelle ?

“Un jour, j’ai récupéré une bouteille en plastique à 20 mètres de la terrasse d’un restaurant. Lorsque j’ai demandé à la restauratrice si je pouvais la jeter dans sa poubelle, elle a refusé en m’expliquant que c’était le problème de la commune qui avait refusé de mettre des poubelles de plage. Je lui ai répondu : « mais madame, la bouteille va finir dans la mer et quand votre plage sera toute polluée, il n’y aura plus personne pour venir dans votre restaurant ». En discutant avec elle, elle a fini par prendre la bouteille en plastique qui ne m’appartenait même pas !

En fait, j’ai essayé de lui faire prendre conscience qu’on était tous dans le même bateau, qu’il fallait faire un effort collectif. Certes, la commune ne fait peut-être pas les choses aujourd’hui en supprimant des poubelles de plage, mais si on ne fait rien, tout le monde va être impacté derrière. Il faut aussi savoir que les poubelles sont pesées et qu’il y a des taxes en fonction du poids des déchets. Enfin, c’est un vaste sujet de discussion tout ça…”

On voit que la protection de l’environnement est un sujet très important pour toi. Comment décrirais-tu ton rapport à l’écologie ?

“Pour moi, c’est avant tout un geste d’éco-citoyenneté. Je n’ai pas envie d’en faire un message politique. On est responsable de la planète sur laquelle on vit et qu’on va donner à nos enfants. Il n’y a que ça qui doit nous animer plus qu’un message politique ou un parti politique.

Moi, clairement, je ne me considère pas comme écologiste aujourd’hui. D’ailleurs, je suis loin d’être une écolo parfaite. J’utilise ma voiture pour me déplacer, par exemple. Mais je fais attention aux gestes du quotidien et à ma consommation”.

Comment consommes-tu aujourd’hui ?

“Je mange local le plus possible. J’achète ma viande auprès d’un agriculteur qui habite près de chez mes parents et qui fait de la viande bovine bio. Je suis contente de donner mon argent à un agriculteur du coin qui élève ses bêtes de façon plus durable et plus respectueuse de l’animal. Il fait attention à ce qu’il donne à manger à ses bêtes, ce n’est pas du soja génétiquement modifié venant du Brésil.

Pendant le confinement, j’allais sur le marché de mon village et j’achetais mes fruits et légumes chez un maraîchers bio qui produit localement. On a aujourd’hui le pouvoir de consommer mieux et de faire attention à ce que l’on mange. Et on peut encourager les producteurs qui font bien en les aidant financièrement à vivre de leur métier”.

Tu parles de tous ces sujets avec passion. Est-ce que tu as envie de poursuivre ce combat après ta carrière de joueuse ?

“Pendant le 1er confinement, j’ai eu une prise de conscience sur ce que je voulais faire plus tard. Je me suis dit : demain, quand j’arrêterai de le rugby, il faudra vraiment que j’agisse davantage dans ces domaines-là. On va droit dans le mur mais aujourd’hui, si on se réveille, on a le pouvoir de changer les choses. Il faut vraiment qu’on se bouge parce que c’est maintenant !

J’ai contacté pas mal de personnes qui travaillaient autour de l’environnement. J’ai notamment appelé Julien Pierre, ancien rugbyman, qu’on m’avait conseillé de contacter, parce qu’il était très engagé dans ce domaine. De par son éducation, son contexte familial, il a toujours voulu préserver les animaux et prendre soin de l’environnement. En plus de ça, il avait réussi sa reconversion notamment auprès de l’association paloise autour de l’environnement, de la RSE et pas mal de choses à Pau.

En avril dernier, je l’ai contacté pour savoir comment il avait fait pour se reconvertir, quels étaient les conseils qu’il pouvait me donner pour mon après carrière. Et après, on s’est suivis mutuellement sur les réseaux et il a vu que j’avais un vrai engagement sur le terrain”.

Quelques mois plus tard, Julien Pierre te propose d’intégrer le comité d’éthique de sa société Fairplay for Planet. Tu peux nous expliquer ce que c’est ?

“Au mois d’août, Julien Pierre m’a contactée pour me dire qu’il montait sa société Fairplay for Planet pour aider les clubs à s’engager autour de l’environnement en mettant en place des actions. Il m’a demandé si ça me disait de faire partie du comité d’éthique de son entreprise. J’ai bien évidemment accepté !

J’ai trouvé ca super qu’il pense à moi et que je puisse mettre un premier pied dans un engagement environnemental. Depuis qu’on a communiqué sur l’entreprise, beaucoup de personnes de clubs l’ont contacté pour savoir comment travailler ensemble. C’est chouette de voir qu’on n’est pas seul et qu’il y a une prise de conscience au niveau des clubs et du milieu du sport, qu’il y a un engouement, un vrai élan”.

Pour finir, peux-tu nous dire un mot sur ton travail actuel au Stade Français ?

“Depuis le mois de septembre, je travaille au Stade Français Paris SASP et je suis chargée de mission RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). C’est chouette parce que ca me permet de mettre en place pas mal d’actions autour de l’environnement au club. Thomas Lombard est un dirigeant qui a envie d’agir autant sur les projets sociaux qu’environnementaux.

Donc c’est chouette de pouvoir être dans une entreprise qui se donne les moyens de faire changer les choses, de se repenser pendant cette période de crise et de travailler sur des sujets qui me tiennent à cœur et sur lesquels je suis engagée”.

Lire aussi : Assa Koïta, une belle carrière qui prend fin

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