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Les joueuses de rugby ne sont pas professionnelles. Quelques internationales bénéficient d’un contrat fédéral, mais toutes doivent étudier pour préparer leur avenir et/ou travailler pour subvenir à leurs besoins. La difficulté pour ces athlètes est alors de concilier les contraintes étudiantes ou professionnelles avec les exigences du haut niveau.

Cet article met en avant l’initiative originale imaginée et testée par LJA Sports autour du fonds de dotation Ladies are just amazing. S’il s’attache davantage à présenter comment le fonds peut accompagner les sportives dans leur double projet, il a cependant vocation à développer le sport féminin de haut niveau dans son ensemble.

Lire aussi : le double projet des sportives, quelles réalités.

LJA Sports, l’agence de développement du sport féminin

L’agence a vu le jour à la suite d’un problème que rencontrent des sportives de haut niveau dans leur double projet : privilégier leurs études ou leur emploi plutôt que leur sport, ou inversement.

Il y a quelques années, Laura di Muzio, joueuse du LMRCV, est appelée à participer au stage de préparation du XV de France. Pour s’y rendre, elle demande un congé sans solde à son employeur qui le lui refuse. La joueuse de rugby se retrouve donc confrontée à choisir entre sa carrière sportive ou professionnelle.

Cette situation inextricable entraîne chez elle une prise de conscience, un déclic. Avec Jannick Jarry, son collègue, ils quittent leur emploi pour créer une agence de développement du sport féminin et d’accompagnement des sportives dans leur double projet. Alexandra Pertus adhère au projet et le trio se lance dans l’aventure LJA Sports.

Crédit photo : LJA Sports

L’échec du sponsoring classique calqué sur le sport masculin

Dans un premier temps, Laura, Jannick et Alexandra, tentent de mettre en place des partenariats “classiques”, calqués sur le modèle masculin, entre les entreprises et les joueuses à potentiel. Cependant, après une année d’expérimentation, cette formule s’avère être un échec.

Pour qu’un contrat de sponsoring puisse se mettre en place, il faut que les entreprises y voient un intérêt concernant leur image. Elles favorisent donc les sports les plus populaires porteurs de valeurs sur lesquelles elles souhaitent être assimilées et choisissent des athlètes en fonction de leur notoriété.

Comme le constate Laura di Muzio : “à ce jour, sponsoriser des sportives de haut niveau, même parmi les plus emblématiques, n’est pas encore un investissement considéré comme porteur. Les entreprises sont impressionnées par le parcours et l’histoire des athlètes féminines, mais de là à franchir le pas du sponsoring…“.

Le fonds de dotation “Ladies are just amazing”

LJA sports cherche donc une autre solution. L’agence fait le constat qu’en plus de leur savoir-être très recherché dans le milieu professionnel, de nombreuses sportives de haut niveau ont des compétences à forte valeur ajoutée dans de nombreux secteurs.

D’un autre côté, LJA sports perçoit également que beaucoup d’entreprises sont prêtes à investir dans des projets porteurs de sens et renforçant leur responsabilité sociétale.

Il ne reste alors qu’à créer la passerelle entre les deux. Ainsi, l’un des objectifs du fonds est de créer un cercle vertueux entre tous ces intervenants qui ont un intérêt à travailler de concert.

L’équipe du fonds LJA

Alors que le projet émerge, l’équipe s’étoffe avec Emma Vernier. La 2e ligne du LMRCV devient chargée de projet pour le fonds. Sarah Doogbaud est nommée présidente, et, Hélène Ezanno, ancienne internationale, et Charlyne Pertus, deviennent administratrices. Comme elles en témoignent sur le site LJA, chacune souhaite apporter à la fois ses compétences professionnelles et ses valeurs au projet.

Equipe du LMRCV. Crédit photo : Jean-Philippe Thery.

Des dons défiscalisés pour participer au développement du sport féminin de haut niveau

Comment fonctionne le fonds LJA ? Les entreprises effectuent des dons qui, contrairement aux dépenses de sponsorings, sont défiscalisés à hauteur de 60 %. Ces dons alimentent le fonds et permettent le financement de projets de développement du sport féminin. Par exemple, dans le cadre d’un accompagnement sur le double projet, il permet l’indemnisation de sportives qui organisent et animent des ateliers au sein d’associations.

Dans ce système gagnant-gagnant, chaque intervenant y trouve son compte :

  • Les associations peuvent bénéficier de services gratuits
  • Les joueuses peuvent être indemnisées de manière pécuniaire ou en nature en échange de missions réalisées
  • Les entreprises financent des projets renforçant leur responsabilité sociétale

Le fonds est également ouvert aux dons des particuliers qui souhaiteraient soutenir cette initiative. Ils sont défiscalisés à hauteur de 66%.

Un projet porteur de sens pour fédérer les équipes

Les entreprises donatrices peuvent également être associées aux différents projets de développement du sport féminin. “Par exemple, explique Laura, un ou des collaborateurs peuvent accompagner l’athlète de haut niveau dans le cadre de sa mission associative ou bénéficier du service délivré au même titre que les membres de l’association. Cela peut être un moyen, à travers des évènements organisés en interne, de fédérer leurs équipes, de développer le sentiment d’appartenance des collaborateurs et l’image de l’organisation“.

Pour les entreprises qui sont mécènes d’associations depuis de nombreuses années, “c’est aussi l’occasion de les soutenir de manière originale. Les entreprises financent des services plutôt que d’avoir une simple participation financière. Et ces services sont offerts par des jeunes femmes athlètes compétentes dans leur domaine extra-sportif“.

Lucie Cauvin. Crédit photo : Andrea Dirabou Kouassi

Exemple d’une action réalisée par Lucie Cauvin

Lucie Cauvin est ailière au LMRCV. Lorsqu’elle n’est pas sur le terrain, cette athlète de haut niveau est infirmière. Avec Emma Vernier, elles ont organisé une prestation pour l’association Sports en Ville. De jeunes roubaisiens, âgés de 6 à 12 ans, ont ainsi découvert différents métiers du milieu médical sous forme d’ateliers ludo-pédagogiques.

Une aventure pour découvrir le domaine de la santé humaine

L’après-midi a débuté avec un atelier pratique de lavage de mains : “l’idée était de faire de la sensibilisation à l’hygiène des mains. Et ça permettait aussi d’inviter les enfants à me suivre dans cette aventure”. Une fois prêts, ils devaient travailler en équipe pour reconstituer un corps humain morcelé, sous forme de course de relais. Enfin, “pour le dernier atelier sur la phytothérapie, je me suis mise en relation avec un pharmacien qui m’a aidée à identifier certaines plantes en fonction de leurs bienfaits thérapeutiques”. Après la présentation des remèdes, les enfants étaient invités à prendre le rôle d’un patient, d’un infirmier, d’un aide-soignant et d’un docteur. “En coopérant les uns avec les autres, ils devaient identifier les symptômes du patient et le soulager en confectionnant le bon médicament à l’aide de plantes. Cet atelier montrait aux enfants les rôles de chacun et la nécessité de travailler en équipe”.

Une expérience enrichissante

Comment Lucie Cauvin juge-t-elle cette expérience ? “C’était hyper intéressant parce que les enfants ont vraiment bien participé. Ils ont posé beaucoup de questions, il y a eu énormément d’échanges, de sourires. Et c’était d’autant plus satisfaisant que dans mon métier d’infirmière de bloc, cette dimension d’échanges est quelque chose qui me manque. Ça m’a aussi permis de voir que j’avais été capable d’imaginer et d’animer des ateliers et que les enfants étaient intéressés par ce que j’avais dit. Ça m’a donné plein d’autres idées pour la suite”.

En discutant de tout ceci avec l’équipe LJA, Lucie a décidé, en parallèle du rugby et de son activité d’infirmière, de monter des actions de prévention ou de proposer des ateliers sur les gestes de premiers secours en tant qu’auto-entrepreneure.

Atelier animé par Lucie Cauvin. Crédit photo : LJA sports

L’objectif est désormais de pérenniser le projet

Que peut-on espérer pour l’avenir ? “Le fonds a été créé en juillet 2020, répond Laura Di Muzio. On est en train de tester quelque chose qui n’a jamais été fait. L’objectif est de pérenniser la chose en développant d’autres projets“. Sarah Dougbaud ajoute : “ces projets doivent permettre au sport féminin de rayonner, en donnant l’occasion aux sportives de ne pas renoncer à leur passion et de transmettre les valeurs du sport à ceux qui en ont le plus besoin“.

LJA Sports, à travers la mise en place du fonds de dotation, est en train de tester une solution innovante et inspirante de collaboration entre sportives, entreprises et associations. Si le concept fonctionne, il aidera au développement du sport féminin et pourra accompagner des athlètes de haut niveau ayant des compétences déployables dans le cadre de missions associatives.